Second texte, dédié aux braves affameurs-spéculateurs, ou la bonne idée de laisser, en coulisse, les rênes du pouvoir à un petit épicier.
La faim
Elle me regarde, mais ses yeux sont ternes, vitreux, comme si, derrière leurs pupilles d'azur, ne résidait plus que le vide. Elle ne parle pas, mais je sais qu'elle en a encore la force, elle n'est pas encore à la fin, elle commence simplement à l'entrevoir. Non, si elle reste silencieuse, c'est parce qu'elle n'a plus rien à dire. Ses pensées, à force de tourner sans cesse dans son crâne, se sont percutées avec tant de violence qu'il n'en reste rien. Cela ne peut pas m'arriver, car je suis déjà passé par la, parce que j'étais passé par la avant même que tout cela ne débute. Toute cette folie.
Dehors, lentement, la nuit tombe, ma nuit. Je remonte le drap sale, ferme ses yeux doucement. Quelques pas encore et la porte de la chambre se referme sans bruit. Dans la pièce principale, ou les planches ont depuis longtemps remplacées les vitres, il y en a d'autres, moins importants. Ce sont mes amis, enfin, ils l'étaient, autrefois. Avant que chacun de nous ne devienne un loup, une bête qu'a tour de rôle, nous tentons de calmer. Je suis l'ami de ce qu'ils ont été, surement de ce qu'ils deviendront, mais pas de ce qu'ils sont aujourd'hui. Eux n'étaient pas prêts, eux, n'avaient pas assez souffert. Mais je leur fait toujours confiance, tout simplement parce que seul, aucun de nous ne survivrait plus de quelques jours. Et ce n'est pas seulement à cause de cette violence, de ce combat sans fin qui nous attend, juste derrière la porte de l'appartement. C'est aussi à cause de la démence, de la solitude qui vous transforme en machine sans âme, en machine à vivre : manger, dormir, et rien de plus.
Je m'approche de la porte d'entrée à travers la fumée. Une des choses qui n'ont jamais manqué : les différentes drogues dont la plupart se nourrissent désormais. Les gens n'ont pas suffisamment pensé avant que tout cela n'arrive, et ironiquement, à présent que c'est ainsi, ils veulent par dessus tout éviter d'y réfléchir. Leur lâcheté, leur bêtise... Parfois, je me demande si tout cela n'est pas nécessaire pour qu'elles prennent réellement fin.
Mais je suis dur. Avant, argent signifiait être à l'abri du besoin... Jusqu'au jour ou on s'est rendu compte qu'étrangement, l'argent ne se mangeait pas.
Je leur fait simplement un petit signe, et ils savent ce que cela signifie : que je vais devoir commettre un acte que leur morale réprouve, pour que nous ne mourrions pas tous. Pourquoi moi ? Tout simplement parce que je suis une ordure depuis toujours. Tant qu'on me payait, me donnait de quoi manger, me gardait sous contrôle, j'ai été gentil, sympathique même. Dans le fond, je n'aime pas être un salaud, frapper les gens, voler, et toutes ces choses pour lesquelles je suis, par ailleurs, très doué. J'aurais préféré continuer à me la couler douce, me contenter de survivre en n'emmerdant personne. Mais voilà, on a subitement décidé que les gens comme moi devaient crever de faim. Cela a semblait normal à tous. Après tout, nous n'étions pas utiles à la société, pas « productifs ». Donc, nous méritions de crever, parce que nous n'avions pas la décence de nous résigner à suivre la volonté du plus grand nombre. Comment voulez vous réagir à ça ? Nous étions devenus des ennemis, des parias, et puisque tant de haine était tournée contre nous, il n'y avait aucune raison de ne pas leur rendre, au centuple. La seule différence, de taille : nous n'avions, nous, rien à perdre. Alors de nombreux hommes et femmes, des gens un peu comme moi, ont commencé à vivre non plus en parasites, mais en prédateurs. Traqués, ils n'en sont devenus que de plus en plus dangereux, de plus en plus efficaces. Et surtout, de plus en plus nombreux...
On avait dit aux gens que plus ils seraient utiles, plus ils seraient riches, et donc heureux. La vie comme dans un jeu vidéo, un MMORPG ou le temps investit est obligatoirement récompensé d'égale façon. Et ils ont cru à ces conneries. Et puis, un jour, même en travaillant 20 heures par jour, ça ne suffisait plus. Ils auraient dut se méfier en voyant le nombre de pays ou avaient lieu des « émeutes de la faim », ces « petits soulèvements » à la base de la plupart des grandes révolutions, et des plus grands massacres. La « loi de l'offre et de la demande », venait de les condamner. Ils ne pouvaient plus payer suffisamment, ils n'étaient plus compétitifs, donc, eux aussi pouvaient crever.
Le Chaos, avec un grand C, voilà ce qui a suivit. L'état, dépassé, ne put que se retrancher derrière ses dernières sécurités. Ceux qui travailleraient pour lui seraient nourris. Cependant, il n'y avait pas assez de place pour tout le monde. Ils sélectionnèrent donc les élus, ils mirent des policiers et des militaires devant, et ils condamnèrent le tout. En réalité, seuls les riches, les vrais, purent rester indépendants. Ils se regroupèrent, firent appel à des compagnies privées de sécurité, et se fabriquèrent de petites enclaves, des poches de paradis, comme ils le voyaient, au milieu de notre enfer. Dans les villages, les gens se rassemblèrent plutôt en communautés agricoles, ou « on aime pas les étrangers », et vivant en complète autarcie. Les cités, elles, devinrent pour la plupart de mini-états aussi fermés que les enclaves des « bourgeois ».
Je referme la porte de l'appartement, et descend l'escalier de bois, aux marches étroites, jusqu'au hall de l'entrée. Je ne rencontre personne en chemin, mais cela n'a rien d'étonnant. Nos voisins savent quelle genre de personnes nous sommes, et ils nous haïssent en conséquence. Je ne sais pas ce que chacun d'entre eux doit faire pour survivre : trafics, prostitutions diverses, ou de rares boulots « à la limite », permettant tout juste de se nourrir. Je préfère ne pas savoir, car de toutes façons, il est hors de question de s'en prendre à qui que ce soit qui vit dans mon immeuble. La paix est trop rare pour être brisée, même pour la bouffe, et puis, je n'aime pas m'en prendre à ceux qui galèrent autant que moi, ça ne serait pas bon pour mon karma...
Sortant finalement dans la rue elle même, je jette à peine un regard à l'objectif de la caméra installée quasiment au dessus du pas de porte, son œil luisant embrassant nuit et jour les mouvements des habitants du quartier. Officiellement, ces choses sont la pour lutter contre le terrorisme, sont censées « sécuriser » la population. Moi, ça ne m'a jamais sécurisé, même quand je n'avais rien à me reprocher. Ça fait parti de ce que j'appel le Chaos, savoir qu'un inconnu m'observe en permanence, note, enregistre mes déplacements, décortique ma vie. Mais l'appareil n'est pas la raison qui me fait ainsi me méfier, tentant de me fondre dans les ombres pour rejoindre des lieux moins exposés aux regards des habitants. Ce sont les milices qui en sont la cause. Quand tout à commencer à partir en sucette, il n'y avait plus assez de policiers. Notre gouvernement a alors autorisée la création de « comités de quartier ». Des volontaires, prêts à faire régner l'ordre, avec autorisation de pratiquer l'arrestation. Le concept a beaucoup plut, et grâce à lui, le Chaos est plus grand encore. C'est comme si chaque secteur de Paris avait une loi différente, et que chacun de ces secteurs voyait ses frontières se déplacer, nuit après nuit. Et chacun de ces « groupes citoyens », y va de son petit moyen magique pour détecter les criminels et les ennemis de l'état. Ici la couleur de la peau, la bas, la longueur des cheveux, de la barbe, ou encore la propreté des vêtements ou des ongles. Certains les ont combattus ouvertement, mais tous ont finit par se taire. Après tout, qu'avaient ils donc à se reprocher pour être opposés à une mesure censée apporter l'Ordre, la sacro-sainte Sécurité ? Cette saloperie d'intérêt général, qui ne désire rien plus que remplacer le « Je », par le « On ». Parfois, on retrouve un ou deux de ces fiers croisés refroidis au coin d'une rue sombre, et puis les flics les ramassent, et « on » en fait des martyrs. Superbe. Vraiment.
J'ai horreur des petits chefs, de ces types avec un tel complexe d'infériorité qu'ils se sentent obligés de se prouver en permanence qu'ils sont les meilleurs, les plus « brillants », dans tous les sens du terme. Ceux la, on leur donne un papier ou une étoile, et ils se sentent comme investits d'une mission divine, comme s'ils devenaient soudain « importants », dignes de respect. Si un type me donnait une arme, et voulait me forcer à me battre pour lui, pour ses idées, sa patrie, ou je ne sais quoi, c'est lui que je descendrais, immédiatement. Et s'il était plus fort que moi, alors j'attendrais juste un peu plus longtemps...
Mais bon, ce soir, la ville est bien vide. Il faut dire que des rumeurs concernant de prétendus cannibales trainant dans le coin ont eut tendance à décourager pas mal de monde. Ou alors, c'est la chaleur, cette saleté de canicule qui revient sans cesse, année après année. D'un autre côté, c'est grâce à elle que je vais certainement faire une « bonne prise » , elle, et les économies d'énergie « bonnes pour la planète ». Cette pensée me fait ricaner tandis que je me rapproche de l'enclave de Neuilly : je n'ai jamais était un grand écologiste. Franchement, on a déjà tellement de mal à survivre nous même, alors comment s'inquiéter d'inconnus pas encore nés ? Chaque époque est, et se doit d'être différente de celle qui la précède, les soucis de nos successeurs ne seront pas les nôtres, ils seront peut être pires, peut être moindre, mais de toutes façons, ils en auront. Comment peut-on penser que quelqu'un puisse regretter un temps qu'il n'a jamais connu ? Tout cela fait partie de cette vieille habitude propre au 21e siècle : vouloir que jamais rien ne change, si jamais il existe le risque le plus infime que ce soit pire ensuite. Ce vieux « principe de précaution », ralentissant toute véritable évolution. C'est en partie à cause de lui qu'on en est la. Si, au lieu d'interdire les organismes génétiquement modifiés, on s'était réellement penchés sur le sujet, sérieusement, les avaient améliorés, confinés, je suis certain que la situation n'aurait pas dégénérée à ce point, qu'on aurait put « fabriquer » de la nourriture pour tous. Penser qu'il vaut mieux ne rien manger plutôt que quelques chose qui vous tuera dans cinquante ans, c'est purement le type de pensée que peut avoir quelqu'un qui n'a jamais eut vraiment faim. De toutes façons, je n'ai jamais cru à ces histoires de bio, ce concept inventé pour faire cracher leur pognon aux gogos. C'est un peu la même histoire que le nuage de Tchernobyl, la pluie contaminée s'arrête aux contours du champ de l'agriculteur bio. Même s'il avait arrosées ses plantes placées en serre avec de l'eau distillée, la terre elle même est de toute façon irrémédiablement souillée.
Je me contente de soupirer, arrivant enfin à destination.
Bien, les deux gardes sont la, dans la guérite à deux étages dont ils surveillent les environs. En haut, ils disposent également d'un projecteur, et d'une sirène, afin de prévenir les soldats présents à l'intérieur en cas de réelle menace. Il est en effet déjà arrivé que de véritables meutes se rassemblent pour tenter de passer en force, à pied, ou en utilisant des véhicules. Certaines enclaves ont ainsi était intégralement pillées. C'est une autre chose que je ne comprendrais jamais. D'autres pays s'en sont bien mieux sortis, et possèdent encore des services publics assurant une véritable sécurité. Mais non, ils décident de rester en France, de continuer de nous narguer en arrosant leur jardin, la, juste à quelques mètres de nous. C'est d'ailleurs aussi pour cela que je les voles, pour leur remettre les idées en place. Un jour prochain, nous, l'humanité, nous les submergerons. Et il vaudrait mieux pour eux qu'ils soient déjà partis quand ce moment arrivera.
En général, l'un des gardes fait une ronde en véhicule toutes les deux heures. Ma montre indique 23H39, ce qui signifie que je vais devoir attendre une petite demi-heure. Rien de bien méchant, bien au contraire : il commence à faire enfin un peu plus frais. C'est la que tout va se jouer, et qu'on va enfin savoir si ce soir je mourrais d'une indigestion de nourriture, ou de plomb. La position du trou dans le grillage, dissimulé derrière un des rares buissons encore vivotant de l'extérieur, m'expose durant environ une minute à un éventuel regard du garde. C'est un peu comme courir sur un fil, sans filet. Si je vais trop vite, il m'entendra surement, si je vais trop lentement, j'augmente à chaque seconde les chances qu'il tourne la tête au mauvais moment. Ressortir est bien plus simple. Pas mal d'habitants entassent des vieilleries, plantent des sapins prés de la clôture, ou achètent l'une de ces petites cabanes de jardins pour ranger leurs outils. Grâce à ce genre de choses, je n'ai jamais eut aucun soucis à passer par dessus la barrière au retour. Sur place, cela ne devrait pas non plus être trop compliqué. La chaleur aidant, il y a de fortes chances que je trouve rapidement une porte ou une fenêtre ouverte, ce qui me faciliterait d'autant plus la tâche. C'est fou comme les « gens biens » sont prévisibles. J'ai connu des types, autrefois, tellement formatés par leurs habitudes qu'ils en étaient à peine humains. Le genre de gars qui vit seul depuis dix ans, qui n'a jamais changé d'horaires, et dont le seul plaisir est d'acheter et d'installer du matériel voyant sur sa voiture. Réellement effrayant. Cette espèce la a vraiment souffert quand tout ce système est tombé en morceaux. Il y en a eut des suicides et des massacres spontanés. Le nombre des camés a explosé. Ceux la, je les détestes. Ces crétins incapables. Comme si on ne dépendait pas déjà de suffisamment de choses dans ce monde merdique... Je ne suis pas d'un naturel violent, je n'ai jamais tué personne, mais un de ces types la qui vendrait sa saloperie à l'un de mes amis, je ne pense pas qu'il ressortirait vivant. On a déjà l'alcool, le tabac et un peu d'herbe, pas besoin de ces trucs tout juste bons à coller la trique aux gosses de riche. Il y a des choses qui me foutent en rogne, c'est instinctif, ça ne s'explique pas vraiment. Je ne suis pas psychiatre ou une connerie du genre, ça non plus je n'y crois pas. Et le premier qui viendra me raconter qu'il comprend mieux que moi ce qui se passe dans mon crâne en aura pour son argent. Je sais qui je suis et comment je veut vivre, le reste, c'est secondaire. Et d'ailleurs, à ce propos, le brave petit soldat numéro un vient de monter dans sa jeep. Plus que quelques secondes à attendre, et...
Je m'élance, profitant que le numéro deux ait le regard fixé sur son camarade qui s'éloigne. Je suis une ombre, je glisse doucement, sans un son, je suis à peine présent. Ma silhouette sèche d'épouvantail n'éveillant au final aucune attention, je m'accroupis derrière les branches, une main sur le grillage. Un dernier coup d'œil, juste pour vérifier que tout va bien, et je me glisse à travers la haie, pénètre sur le territoire d'un autre, une petite portion de l'éden interdit.
Je connais bien ce jardin, pas vraiment grand, mais assez pour pouvoir passer à bonne distance des déclencheurs des lampes automatiques placées sur le porche de la maison. Ces satanés projecteurs sont une des rares choses auxquelles je dois réellement prêter attention maintenant que le pire est passé. De toutes façon, il serait stupide de ma part de prendre quoi que ce soit dans cette demeure. A mon avis, celui qui la possède doit se croire plutôt chanceux, puisqu'il doit être l'un des seuls à ne jamais avoir de soucis. Parfois, je me dis que ce doit être une sorte de « sympathisant », et qu'il sait pour le trou dans la barrière. Ou alors pense t'il simplement « acheter » sa tranquillité en laissant passer les types comme moi à travers sa pelouse ? D'un sens, il n'a pas vraiment tord, mais si la situation devenait vraiment grave, je pense que cet « accord » vivrait ses dernières heures. Ceux qui vivent ici ne se rendent pas compte de ce qu'est le quotidien à l'extérieur, du fait que les contracts et les traités, cela ne fonctionne pas longtemps avec quelqu'un qui cherche uniquement à survivre... La civilisation est une chose fragile, et quand le besoin dépasse le danger qu'obtenir la chose désirée représente, elle s'écroule comme un château de carte.
Je laisse le jardin de mon « complice » derrière moi, descend la rue vers l'intérieur de l'enclave, la ou se trouvent les domaines les plus remarquables. Toutefois, ce n'est pas une demeure de prestige que je recherche : le luxe n'a aucun intérêt. Comme je l'ais surement déjà dit, l'argent ne se mange pas, et personne à notre époque ne serait assez fou pour échanger un lingot d'or contre une semaine de nourriture. Ceux qui l'auraient fait, sont déjà morts. J'en ais retrouvé un, un jour, un vieillard, entièrement desséché. La pièce ou je l'ais découvert, sa chambre, était littéralement remplit de billets de banque. Dans sa main, il tenait encore une liasse, et semblait s'être étouffé en avalant une impressionnante quantité de papier. Je l'ais laissé la, comme une sorte de vestige, d'avertissement, mais je n'ai pas put m'empêcher d'emmener une partie de son argent en quittant l'appartement. Juste au cas ou.
Non, en vérité, je cherche la maison d'une famille aussi nombreuse que possible. Plus j'en ramène, moins j'ai besoin de « chasser », logique non ? En général on peut voir cela à la taille de la voiture, si c'est une familiale ou une sorte de mini-bus, c'est gagné. Je regarde aussi s'il y a un garage ou non. Parfois, les gens qui en ont un y mettent un bac à surgelés, les cuisines équipées prenant rarement en compte l'ajout d'un réfrigérateur de ce type. Alors, même si la chance n'est pas toujours au rendez-vous, ça vaut le coup d'essayer. L'autre bon côté de la technique, c'est que si ça marche, je n'ai pas besoin de m'introduire dans la maison elle même. Moins de risques, plus de profit, bref, comme j'aime. Et je crois avoir trouvé mon client...
Maison deux étages, plutôt ancienne, avec une façade donnant sur la rue, et un petit jardin à l'arrière. Garage collé à la maison, à droite, surement avec un accès à l'intérieur, et il y a même une échelle permettant d'atteindre le toit, duquel je peut atteindre l'extérieur. Cessant de marcher, je jette un regard rapide dans la rue, à la recherche de la mamie à l'affût ou du promeneur un peu trop concerné, mais apparemment, tout est calme. Petit moment de tension tandis que j'enfile mes gants. Précaution peu utile, puisque j'ai refusé de me rendre au « rendez-vous citoyen », dont le but était de ficher la totalité de la population. La prochaine fois, ce sera certainement obligatoire, mais qui sait ce qui sera arrivé d'ici la ? A l'époque du premier, je n'avais encore rien à me reprocher au niveau légal, et ça ne m'a pas empêché de le boycotter. Oui, je suis du genre à ne me rendre que dans les bars ou l'interdiction de fumer est restée purement théorique. Je n'aime pas qu'on me dicte ce que j'ai à faire, ce que je dois manger, et à quel âge je dois mourir. Surement suis-je trop excessif, trop individualiste ? Pour « eux », en tout cas, ça n'a jamais fait aucun doute, et je me sentais coupable avant même de devenir un voleur. Du coup, ça ne m'a pas vraiment changé...
Crocheter les portes de garage, j'adore. Je savais déjà plus ou moins le faire avant d'y être forcé, parce que je suis aussi du genre à aimer entrer la ou je ne suis pas invité. Autrefois, je me servais de ce don pour surprendre mes amis, et parfois, un peu plus tard, pour trouver un coin un peu plus chaud ou dormir. Je ne suis pas utile à la société, ça a toujours été mon problème. Si je fais la même chose deux jours de suite, ou quand on me donne des ordres, ça me rend fou, je ne supporte pas, et je n'ai jamais été assez riche pour ouvrir mon propre commerce. Et les prêts, c'est un peu comme se mettre à genoux devant un type pour l'implorer de vous prendre comme esclave pendant trente ans. Avoir un bar, avec de la musique, ça m'aurait plut. J'aurais aussi bien aimé apprendre à jouer d'un instrument, parce qu'avec les doigts que j'ai, j'aurais certainement été bon. D'ailleurs, la serrure vient de comprendre à quel point je peut être adroit.
Nouveau coup d'œil dans la rue : toujours personne. Je tire la porte rapidement, en essayant de ne pas faire de bruit, m'infiltre en-dessous le plus rapidement possible, en prenant cependant mes précautions afin qu'elle reste entre-ouverte, en cas de fuite en urgence. Je contourne l'espèce de van aux formes horriblement arrondies que j'ai aperçu du dehors, et remarque avec plaisir qu'une fois de plus, j'ai fait mouche : il y a un grand réfrigérateur dans cette pièce. Ça, et une machine à laver, un sèche linge, des outils, et une sorte de bannette... Une sorte de bannette ?
Un chien, la dernière chose à laquelle je me serait attendu. La plupart d'entre eux n'ont pas survécu au second mois de famine, puis on s'est attaqués aux rats. Je saisis une pelle, reposant contre le mur. C'est avec ça que je chassais à cette époque la, et il n'y a aucune raison que je ne recommence pas. La bête dans le panier ouvre un œil, et j'espère vivement qu'elle va se contenter de grogner. De taille moyenne, ce doit être une sorte de croisement, un truc style caniche avec un peu de fox, et surtout, obèse à l'extrême, à tel point que je me demande s'il va être capable de se lever. Il m'observe d'un regard éteint, puis lève la tête. Je n'hésite pas un instant, et abat la pelle sur son crâne de toutes mes forces. Je n'ai jamais aimés les chiens, de toutes façons. Par contre, je sais tout à fait qu'il va faire des heureux. Souriant, je tire de ma poche un large sac poubelle roulé en boule, et le déplie d'un geste. La carcasse est plutôt lourde, un bon signe. C'est exactement le genre de choses qui manquait à ma petite femme pour aller mieux, un peu de viande fraiche. Elle va être si contente, j'imagine son sourire d'ici. On le fera à la broche, les gars apprécieront, et s'il en reste, on invitera aussi la petite voisine, l'un d'eux lui fait les yeux doux depuis quelques temps. Une bonne soirée en perspective.
J'ouvre le gros congélateur, écarquillant les yeux comme un gosse devant un sapin de Noël. Il est plein à ras-bord. Du poisson, des frites, de la viande hachée, posées à côté, il y a même quelques bouteilles de vin. Je suis si ému que j'en aurais les larmes aux yeux, si j'avais le temps pour ça, mais justement, le temps m'est compté. Rassemblant le maximum de nourriture possible, je pose mon sac à dos sur le sol, et commence à le remplir de la façon la plus efficace possible. Quel malheur de ne pas pouvoir tout emporter, mais trop me charger, ce serait prendre trop de risques. Ce serait bruyant, peu commode, et trop lourd pour courir. Je me hâte, et referme bientôt le tout, ajoutant le second paquet sur le dessus, le bloquant avec la capuche du sac à dos. J'ai même réussi à glisser une bouteille de plus dans l'une des poches latérales, assez enfoncée pour ne pas être trop visible, mais accessible, juste au cas ou j'aurais une petite soif sur le trajet du retour. J'aurais aimé nettoyer le sol et la pelle également, mais les vieux chiffons trainant ici n'auraient pas suffit, et le résultat serait surement pire encore. Au final, je me contente de dissimuler la pelle dans un coin plus sombre, tête en bas, et de tirer un peu la bannette pour la placer sur la flaque sanglante. Ainsi, tout à l'air en ordre. De toutes façons, il y a très peu de chances que quelqu'un vienne ici avant demain matin, et d'ici la, je serais loin.
Sortie rapide, toujours personne au dehors. Une soirée simple, comme je les aimes. Certains préfèrent la difficulté, s'imposent des challenges. Pas moi, plus c'est facile, plus c'est rapide, mieux c'est. Je ne suis pas un artiste de la cambriole ou un amateur de sensations fortes. Je n'ai tout simplement pas d'autre choix si je veut survivre, si je veut rester celui que je suis, même si parfois je ne l'aime pas autant que je le devrait. J'attrape le premier barreau de l'échelle d'acier, commence à grimper, toujours le plus silencieusement possible. Non, moi je tiens trop à ma liberté pour la monnayer. Je refuse de me réveiller un jour, vieux, et me dire que j'ai vécu pour les autres, que je suis passé à côté de ma vie. Elle est peut être misérable en ce moment, mais c'est la mienne, mon histoire, la ou m'ont menés mes choix. Et puis, le futur n'est pas écrit, et je continuerais à me battre pour sortir des ténèbres, et si possible, au passage, en emmener d'autres avec moi. Peu importe comment, peu importe le temps que cela prendra. Rien ne reste jamais figé, et si demain j'ai la possibilité de changer les choses, à ma façon, je le ferais.
Un bruit, en dessous de moi, me sort de mes reflexions tandis que j'empoigne la barrière exterieure. C'est comme si quelqu'un déplaçait des meubles, cherchait quelques chose. C'est mauvais signe.
Un hurlement, répété, et la nuit s'illumine. En un instant, les projecteurs postés sur les différents postes de gardes commencent à balayer l'enclave, à me chercher. Je suis tenté d'enjamber tout simplement le grillage et de sauter, mais je risque de me briser une jambe en me précipitant ainsi. Non, je dois attraper les mailles et descendre un peu avant de lâcher prise. C'est vraiment très mauvais cette fois, ils vont m'avoir, je le sent.
Je retombe, me rattrapant maladroitement à cause du poids de mon sac. J'ai lâché un peu trop tôt, et je sens clairement qu'une de mes chevilles n'aurait pas put en supporter d'avantage. Grimaçant légèrement, j'avise de la rue la plus proche. Ils n'ont pas le droit de me poursuivre à plus de 500 mètres de l'enclave. Au delà de cette distance, ils doivent faire appel à la police d'état, ou à la milice. Tout n'est pas perdu.
Dire que je me plaignais quand je devais courir pour entrer. Ces 500 mètres, ce seront surement les pires de ma vie. Les ronds de lumière tournent autour de moi, cherchent. Pourvu qu'ils ne me trouvent pas...
L'un d'eux me cible, puis tous se rassemblent sur moi, me suivent.
« Halte », hurle un haut parleur. Jamais. Je cours droit devant moi, pendant un instant je pense même à laisser le sac, abandonner mon butin, me contenter de ce que j'ai dans mes poches... Et la laisser mourir de faim. C'est la vie que je ramène avec moi, sa vie, et je ne l'abandonnerait pas.
« Je répète, halte ou nous allons faire feu. Première sommation. »
Je ne leur répond même pas. Plus que trois cent mètres environ.
J'aimerais faire demi-tour et charger, j'aimerais mettre un terme à tout cela, pour de bon. Mais le courage n'arrête pas les balles. Si c'était le cas, le monde n'en serait jamais arrivé à ce point. Il n'y a pas de héros, pas de justice. Juste mes pieds et mon souffle court.
Un coup de feu me fait sursauter. Un coup en l'air, juste pour me montrer qu'ils ne plaisantent pas. Mais je ne m'arrête toujours pas.
« Seconde sommation. »
Ils n'ont pas encore compris ? Pas saisis que je ne m'arrêterais pour rien au monde ? Tant mieux, qu'ils continuent de penser qu'ils m'impressionnent, qu'ils continuent de croire qu'ils m'effraient. Ils ne représentent rien à mes yeux, et je représente tout ce qu'ils haïssent, parce que je ne sers personne, parce que je ne suis et ne serait jamais un esclave. J'ai envie de hurler, mais je suis trop fatigué pour cela. Quand on dit que le tabac tue. Je souris à cette idée. Plus qu'une petite centaine de mètres...
Une détonation, et l'impression d'avoir reçu un coup violent dans le dos. Je suis touché ? Je ne sais pas, je n'ai pas le temps de m'en inquiéter. Une seconde, et je suis comme projeté en avant une nouvelle fois. Plus que vingt mètres, et je tourne le coin de la rue. La troisième détonation est plus douloureuse. J'ai été touché au flanc cette fois, et je peut voir, du coin de l'œil, mon T-shirt se teinter lentement d'un rouge sombre, aussi épais que les ténèbres de la rue à laquelle je fais face. Je me contente de tenir ma blessure, serre les dents, et passe le coin à une vitesse de course que je n'aurais jamais cru pouvoir atteindre.
Je suis en sécurité pour le moment, mais pas question de s'arréter ou de ralentir. Les autres ne vont pas tarder à prendre le relais, ce n'est qu'un court répit que je viens de gagner. Toutefois, mon salut ne repose plus désormais sur ma vitesse, mais sur ma discrétion. Une matière dans laquelle je suis bien plus doué.
La nuit m'avale tandis qu'au loin résonnent déjà les sirènes de mes poursuivants.
***
J'ai eut de la chance. Beaucoup de chance.
Les deux premières balles se sont logées dans les cartons de viande congelée. Sans ça, je serais mort, c'est certain. La troisième est passée sur le côté, m'entaillant le flanc, mais pas suffisamment pour mettre ma vie en danger. En tout cas, il s'en est fallut de peu, et je vais être bon pour une jolie cicatrice.
Je reprends une bonne rasade de vin, et rit. Assis sur mon sac, sous un porche anonyme, loin des caméras et des emmerdeurs, je suis le roi du monde. Nous avons des rations pour deux ou trois jours, peut être même une semaine si les autres se démerdent bien. A notre tour d'avoir notre petit coin d'éden, notre lot de bonheur tel que nous le concevons. Je regarde le goulot de la bouteille, souriant. Je sais déjà qu'elle me reprochera d'en avoir but sur la route, juste avant de vouloir examiner ma blessure de plus prés. On se mettra à table, surement grâce à l'ami Médor, et nous passerons le reste de la nuit à refaire le monde autour d'un bon verre, comme autrefois. Et puis, dans un petit moment, il faudra recommencer, retourner chercher de quoi se nourrir, l'une des rares obligations à laquelle nul ne peut échapper. Saleté de nature.
Et j'y retournerais, et encore une fois, je survivrais. Car c'est le droit de tout être humain en ce monde : vivre libre, vivre debout. Et ce droit, personne ne me l'enlèvera, ni le « faiseur de lois » derrière son bureau, ni le petit dealer au coin de la rue, ni le banquier avare ou le grand patron. Ce droit, je l'ais simplement parce que je suis en vie, et que je suis prêt à tout pour le conserver.
Car rien en ce monde ne peut être plus important.
Chassé de mon blog AOL par la magie des rachats, j'ai décidé de m'installer ici, histoire de polluer un peu l'endroit de mes textes. Je vais donc dans un premier temps replacer ceux qui avaient déjà été "publiés" sur mon ancien blog, puis poursuivre ceux en cours.
Voici donc le premier. En résumé : juste quelques pensées perdues. Il n'a jamais eut de titre, mais il n'en a pas besoin, de toutes façons.
Il est 6H, encore une nuit passée dans mes pensées, ce labyrinthe débouchant autant sur de vastes palais, se levant fièrement vers les étoiles, que sur de saumâtres marais surmontés d'une lune maladive. Doit-on toujours perdre quelques chose pour évoluer ? Doit-on toujours détruire pour bâtir ? Ne pourrait-on pas garder ce qui fût pour atteindre ce qui sera ?
Quelques heures, semblables à celles ou tu étais la. La fumée s’échappe, ces volutes formant comme le spectre de ce visage trop vite disparu. Ce fantôme qui hante encore ce lieu, ce refuge ou tu n’a laissée qu’une fugace trace, comme un parfum inaltérable.
Si seulement…
Oui, des si, des millions, des milliards de si, tournoyants comme autant de girouettes affolées par un cyclone perpétuel. Rouillées, grinçantes, des pivots d’os et des aiguilles d’acier, une lande ou ne poussent que chardons et ronces. Vallée de portails de fer, pierres de granites aux sceaux oubliés, combien de fois ais-je errer ici ? Combien de personnages y furent enterrés ? Des espoirs, ici ? Oui, là, sous les pierres froides, leurs yeux ouverts et desséchés tournés vers ce ciel que jamais plus ils ne contempleront. Terre brûlée, églises de basalte, anges racornis aux sourires vicieux, aux crocs effilés et aux yeux vitreux. Ils me regardent, la bas, la ou ils sont toujours, attentifs et patients. Je tend la main à travers les barreaux de cette prison de chair, ces phalanges ridées par un passé trop lointain. Dehors, j’entends déjà le son de ce que l’on appel la vie, on se réveil, on se lève, on se prépare à une journée de plus.
Sans but.
Pas de vérité, un décor de carton pâte, un film dont les acteurs principaux sont depuis longtemps décédés. Une clope et un café, comme toujours à cette heure, et cet écran blanc ou s’inscrivent des lettres virtuelles, des mots et des idées comme autant d’enfants morts nés de ce pays ou se traîne ma carcasse. Tourment, toujours, de faux sourires, figés sur des statues de marbre impur. Des masques, partout, sans yeux, sans traits. Des masques vierges et figés, m’entourant de leur incompréhension.
Si seulement…
Mes cheveux crasseux collent à mon crane comme tant de parasites, cette apparence que l’on m’impose, cette forme que je n’ais pas choisie. Je la hait, je hait chaque particule la composant, chaque petit 1 placé au milieu des 0 formant cette vérité… le vide. Né de rien pour y retourner, et entre les deux ? L’attente. Inutile et perverse, constellée de morceaux de ce bonheur trop simple pour être vrai. La carotte pour faire avancer le baudet, « Regardez ! Regardez ! Tout ira mieux ensuite ! ».
Rien, rien ne va jamais mieux, des objets s’entassant comme autant de piquets de la gigantesque clôture qui nous enserre. Les barbelés ont depuis longtemps entravée la plaine de la liberté, leurs pointes saillantes encore couvertes du sang des penseurs. « Animaux nous sommes ! ».
Je ris.
Nous n’avons pas été destinés à être cela, nous avons simplement suivit la voie la plus simple et la plus évidente. Nous ? Eux ? Suis-je une partie d’un tout ? Peut-on arracher l’étiquette collée à la naissance, cette apparence qui ne se modifie que bien trop peu. Une suite d’informations, de couleurs, d’ondes, de sons. Suis-je ce que vos yeux peuvent percevoir ?
Non.
Si seulement…
Peut on croire en un songe ? A t’on encore le droit de voir des fées perchées, la haut, sur le toit de cet immeuble, juste en face ? Peut-on voir en le soleil le visage de ces divinités oubliées ? Superstitions !
Votre science n’en est pas une ? Une religion incompréhensible pour le commun, que l’initié suffisant se charge d’expliquer aux fidèles attentifs ?
L’univers réduit à une équation ! Et mon esprit, ma volonté, ou se trouvent-ils dans ce schéma alambiqué ?
Une autre cigarette, « Fumer tue », lis-je sur le paquet. Est-ce ton affaire ? Est-ce ton affaire, toi qui pose toutes ces petites phrases sur chaque chose, ces petites notes indicatives qu’il me plait d’arracher ? Ton monde de plastique, le bien et le mal, un univers de binaire.
Et je sais que je me torture car elle n’est pas la. Partie, envolée, ne laissant que quelques grains de cette poussière féerique, qui un jour, se ternira, elle aussi. Personne, personne n’a jamais été la, seul même dans la foule, seul même quand il fallait marcher au pas. Pas d’harmonie, jamais, ils sont eux, et je ne ferais jamais parti de leur monde. Un monstre aux ongles sales, une chose tapie que nul ne désire. Un cadavre doué de raison.
Oui, si seulement !
Le jour se lève derrière mes volets clos, et cette vie s’active, robots biologiques répondant aux stimulis complexes d’organes tuméfiés. Rien de plus. Je voudrais être autre chose, voir, ne pas être. Juste m’asseoir et regarder, un sourire narquois au coin de mes lèvres. Je suis le spectateur, le rôdeur, l’oublié. Celui qui parle mais que nul n’écoute, celui qui hurle dans les ténèbres et dont le cri se perd, s’écrase contre les murs de l’indifférence. Quelques part, il doit y avoir quelqu’un, quelques chose, de différent. Comme ce petit air de magie qui parfois flotte au dessus des tables enfumées, comme cette petite mélodie qui parcourt mon âme. Comme ce sourire, ces sourires, finement dessinés sur les parois de mon cœur noir. Voyez moi, car j’existe, voyez moi, et je déploierais ces ailes aux plumes sombres, m’envolant loin de ce bruit, de cette agitation sans but.
Si seulement !
Colère, douleur, tourment. Le ciel est gris.
Une autre journée commence sur terre, et mon café est encore une fois froid, et noir.
Et je divague, je me perd, ou me trouve, je cours tout en restant assis, je pleurs tout en souriant, je meurs tout en vivant. Je suis gelé, je suis un serpent, tout de venin et d’écailles, aussi mauvais que peut l’être une chose qui se terre et tue. Tant de mal, tant de vices, tant de jeux malsains, tant de manipulation, de sortilèges, de malédictions murmurées. Doit on toujours résister à sa nature ? Mais l’assumer ne serait il pas comme s’enchaîner sois-même ? Je refuse ! Je refuse de n’être que mon propre jouet, je suivrais ces lois que j’ai moi-même crées, car je suis un être réfléchit. Réfléchit…
Tant de combats il me reste à mener, tant de concepts il me reste à comprendre, ou à inventer. Et le monde voudrait se refermer sur moi, piège à loup aux mâchoires mortelles, qui jamais ne relâche ce qu’il prend. Je ne veut pas me voir un jour avec les yeux ternes de celui qui a abandonné, de celui qui existe sans vivre, de celui qui fût un jour, mais qui s’est renié, s’est oublié. J’en connais tant, tant de ces artistes aux regards voilés de n’avoir jamais put s’échapper, d’avoir cédé, de n’avoir pas sut résister. La réalité diront certains, doit être assumée, mais ce sont ceux la même qui l’ont fuit les premiers. Il n’y a pas de victoire sans combat, pas de triomphe sans défaite.
Et seul je poursuis ma route, même si mon regard se détourne parfois de cet horizon qu’il me faut atteindre. Cette quête qui prend tout et donne bien peu. Et tu n’es plus la. Sûrement étais-tu un songe de plus, un bonheur de passage, une comète dans les ténèbres, une main tendue à travers les barreaux. Tu m’a touché, tu m’a parlé, et tu a sagement éteint la lumière en claquant de nouveau la porte. Je me perds en ce texte sans but, sans raison, ces mots vite lus et vite perdus, ces lignes qui seront avalées par ce tourbillon qu’est l’incompréhension.
Si seulement…
8H. Je suis toujours la. Et demain à la même heure également, et les jours qui suivront. Quelques part, mes idées, mes rêves, doivent exister, mes personnages doivent rire et pleurer en voyant celui qui les a fait, leur pitoyable créateur. Et si Dieu était un écrivain, assit devant sa page, les mains tachées d’encre, une larme coulant sur ses joues creuses ? Peut être, dans ce cas, lui pardonnerais je…
Si seulement, oui, si seulement tu m’avais aimé.