Voila donc le roman dont est tiré le titre de ce blog. Cette version est une version un peu améliorée par rapport au texte original, mais je ne compte pas non plus le réecrire entierement, travaillant actuellement sur un projet que je juge bien meilleur. Je le publierait par morceaux, le plus souvent possible. Pour commencer, voici donc le prologue et une partie de l'Acte I. N'hésitez pas à commenter, ça fait toujours plaisir (ou pas).
PS : Cette version n'ayant pas été corrigée par ma chère correctrice habituelle ;) , elle doit encore contenir quelques horribles fautes d'orthographe.
Prologue
Les ténèbres m’environnent, froides, chargées d’une sombre menace, une lourde promesse de mort, un petit morceau de Néant… Lentement, mes sens commencent à retrouver leurs fonctions... Le premier est le goût. Dans ma bouche, se terre une saveur âcre, amère, et je reconnais trop vite cette saveur métallique sur mes dents. Je crache, plusieurs fois, essayant sans résultat d’évacuer le sinistre breuvage, glacé, presque solidifié en croûte dans les moindres recoins de ma bouche. Désésperé, je m’en remets à mes autres sensations.
Aucun son ne trouble la nuit, à part un étrange bruit de frottement, le même que celui qui est émis par la peau quand on la gratte longuement, cherchant à en chasser ces insectes que jamais l'on ne parvient à atteindre. Je frissonne à cette pensée, mais je ne comprend pas pourquoi...
Le sol sous mes pieds nus est mou et froid, humide, et je m’aperçois à présent que c’est en marchant que je produis l’étrange son. Je m’arrête, essayant de toucher de la main les murs autour de moi, mais je m’aperçois bien vite que mes bras sont liés derrière mon dos. Je tire, je saute et roule sur moi même, mais la douleur devient rapidement bien trop vive, insupportable... Alors je me laisse simplement tomber au sol, sur le ventre, tentant de cesser de ressentir mes membres engourdis, comme parcourus par une : « véritable armée de fourmis » ! Ma voix tremblante me fait sursauter, et je reprends lentement ma respiration, tentant de trouver un sens à tout cela, quand un autre de mes sens décide de se rappeller à moi... Prés du sol, l’odeur est insupportable, comme un mélange de vomissures, d’excréments, et de sang, cet arôme qui éveille en moi un sentiment bizarre, merveilleux... écœurant. N'ayant plus de sensation vers laquelle me tourner, je m'en remet à mon esprit, me plonge dans mes souvenirs...
Mais je ne revoit qu’une unique chose : un grand éclair blanc suivi d’un bruit d’enfer... puis vient la souffrance, terrible, excitante, mais qui lentement, déjà, se perd dans l’oubli. Une seule question s’impose alors à mon cerveau fatigué, une demande, un espoir : « je ne sais plus qui je suis » !
***
Depuis combien de temps suis-je là, coupé du monde de la lumière ? Aucun point de repère ne saurait me le dire, compter les secondes devient vite lassant, et je n’ai rien pour graver sur le sol mou, collant, puant, qui émet toujours ce bruit qui torture mes nerfs à chacun de mes mouvements. Parfois, j’entend une sorte de voix, des gémissements je crois, de femme ou d’homme, les deux, peut être. Je perçois également des grincements de ferraille déchirée, comme si une sorte d'ogre frappait et tordait de lourdes plaques d'acier...
Je n’ai pas mangé depuis que je suis ici, mais, bizarrement, je n’ai pas faim, ni soif. De plus en plus souvent, je me surprends à de me demander si je ne suis pas mort, un cadavre jeté en enfer. Dans ces moments, mon esprit me fait mal, comme si l’on m’enfonçait un long clou dans le crâne… Alors je cogne ma tête contre les murs suintants de mon univers, pour en détacher la douleur, et elle passe, doucement, en se riant de moi, me contemplant avec son visage d’ange maculé d’écarlate et ses cheveux d'or. Ce visage qu’il me semble reconnaître à travers mes larmes, mais sans savoir d’où il surgit, de quel abîme d’inconscience, de quel recoin oublié de ma cervelle criblée d’aiguilles. Il apparaît, puis s'efface, avec la promesse de revenir, pour me persécuter à nouveau…
***
Même le sommeil n’est plus une délivrance. Sa petite mort ne m’apporte que peurs et tourments, car dans le chaos de mes songes, une créature difforme, contre-nature, tend vers moi des doigts courtauds de batracien, tirant sa peau jaunâtre sur ses muscles noueux. Il me fixe de ses yeux aux paupières lisses, collées par un quelconque mal au delà de toute humanité. Il m’apparaît environné d’une brume stellaire mouvante, où de troublants visages tourbillonnent lentement, poussant de terribles pleintes dans leur agonie silencieuse, vites etouffées par l’immensité du vide. Sa bouche, plaie béante sur sa chair parcheminée, s’ouvre pour parler, s’enfle pour lancer une note aiguë et vibrante qui ébranle ma raison, fait vaciller les pâles restes de sentiments s’accrochant aux toundras stériles de mon âme. Et je tremble, car je sais qu’une nuit, je comprendrais le nom qu’ inlassablement il tente d’épeler, et que cette connaissance me détruira, me damnera pour l’éternité.
Je cogne ma tête contre les murs…
***
J’ai vu la lumière, d’un seul coup, un rectangle éblouissant est apparu au dessus de moi, et deux êtres m’ont regardé. Je crois qu’il s’agissait d’humains, mais mes yeux me trahissent. La nuit a laissé une pellicule sombre sur ma rétine, et celle ci ne supporte plus la plus infime clarté. J’attends et je me réjouis, quelque chose va arriver…
***
Qui, ou que suis je, pour qu’ ainsi on m’enferme ? Sûrement suis je dangereux, très agressif, sinon pourquoi tant de précautions ? J’ai le souvenir d’une quête, de quelque chose d’important que je dois accomplir, et que seul moi est capable de réussir, mais qu’est ce donc ?
Je tourne en rond, je réfléchis malgré ma tête douloureuse, mais la réalité m’échappe. Le doux visage de ma souffrance me regarde, des larmes au coin des yeux elle me dévisage, hurle un nom, peut être le mien... Mais je ne comprend pas, ou je refuse de comprendre, et tout disparaît. Je suis seul, assis dans le noir, les mains serrées dans le dos, dans un trou puant et mou. Je n’ai rien mangé depuis un temps qui me semble démesuré, et des visions grotesques me torturent sans cesse. Tout cela doit prendre fin, tout cela ne peut pas être vrai… Je crie, et ma voix m’effraie, mais je continue, plus fort. Elle résonne à l’extérieur, plus loin, au delà des couloirs indistincts, et je sais qu’ ILS m’entendent, j’en suis certain. Mais personne ne répond, et le silence se referme sur moi, tel les pétales d’une lugubre fleur, dissimulant les mystères de son coeur quand tombe la nuit.
***
Acte I
« A trop s’entendre répéter que l’on est un génie, on finit toujours par le croire. Et, à partir de ce moment, la chute n’est jamais très loin… »
Edmond Gates, alias le Messie. No 477.
***
Alec Grant se sentait à l’étroit sur sa chaise. Sans doute, le concepteur du mobilier n’avait pas pensé que l’on puisse mesurer plus de deux mètres, et dépasser allégrement les cent kilos de muscle. Ou alors, celui ci avait été conçu sur commande pour son patron : le professeur Edmond Gates. Outre le fait d'être l'employeur du géant, Gates était également un vieil ami du père d’ Alec, jusqu'à ce que celui ci ne rejoigne les rangs des patients... Pourtant, le petit homme en blouse blanche assis en face de lui, le crâne luisant de calvitie, et portant de lourdes lunettes pourvues de verres si épais qu’ils cachaient en partie ses yeux, ne semblait pas reconnaître son interlocuteur. En fait, il montrait si peu de réactions à ses paroles qu'il semblait comme fondu dans le décor, par ailleurs dépourvu de toute touche personnelle, à moins bien sur de considérer un bureau et une armoire de classement comme étant le must de l'originalité.
Alec gratta sa brosse blonde en baissant la tête, signe chez lui d’une profonde réflexion, et prit la parole d’une voix grave et hésitante, comme s’il tentait de la rendre plus douce.
« Vous savez bien, mon père, Joshua Grant, est soigné ici. Je voudrais seulement m’assurer qu’il se porte bien. »
Le docteur afficha une moue emprunte d’une grande perplexité, puis, peu à peu, son visage s’éclaira. Finalement, un éclat de lumière passa sur ses verres tandis qu’il relevait la tête. Il avait été beau, autrefois, et son esprit aiguisé lui avait offert un charme indéniable. Cependant, son hérédité l’avait aujourd’hui rattrappé, et, peu à peu, l’ombre de la vieillesse venait obscurcir des traits, qui, autrefois, impressionnaient de par leur douce finesse. Alec sourit interieurement, se disant qu’au final, nul ne pouvait tout avoir…Lui même était plutôt à l’opposé, un physique d’athlète, mais un esprit des plus simples, une tare que son père ne lui avait que trop reproché.
Gates répondit d'une voix sèche, n'étant pas du genre à se répéter, surtout vis à vis du « petit personnel ».
« Nous en avons déjà parlé, et vous savez que c’est impossible. Après votre dernière visite il y a trois ans, il s’est profondément entaillé la langue, dans le but évident de se suicider. C’est un miracle que nous ayons pu le sauver. Votre présence, ainsi que celle de n’importe quel membre de sa famille, lui est réellement intolérable ».
Il fit une pause, émettant un soupir forcé censé représenter une marque de tristesse, voir de sympathie.
« C’est une tragédie pour nous tous qu’un tel homme ait à ce point perdu la raison, d’autant plus pour moi qui ai travaillé avec lui durant plus de dix années. Pensez vous réellement que c’est par plaisir que j’interdis toute visite ? Je vous comprend, mais je dois avant tout veiller à sa sécurité, en tant que médecin, et également, en tant qu’ami. ».
L’infirmier acquiesça, semblant littéralement boire les paroles de son interlocuteur, qui reprit rapidement, changeant radicalement de sujet :
« Mais, pourquoi vouliez vous me parler de votre travail à la Cave ?», déclara t’il sur un ton condescendant, à la limite du mieilleux, jouant là une mascarade que les capacités émotionnelles de l’infirmier ne lui permettait pas de percevoir.
La cave, rien qu’en entendant ce mot, le cœur de Grant se serra. On appelait ainsi la partie la plus basse de l’asile, là où la société rejette les cas les plus graves pour tenter de les oublier…
La cave, le travail le plus ingrat. Alec y avait été transféré après avoir passé à tabac un pédophile quelques années auparavant, un assassin sans remords qui avait eu la mauvaise idée de parler de sa fille sur un ton un peu trop familier. Et malgré sa descente en « grade », le surveillant n’avait jamais regretté son geste. On ne touchait pas à Valérie.
« Hé bien, sauf votre respect, monsieur… », commença le surveillant dans un murmure, fixant la plaque de cuivre posée devant lui, sur le bureau parfaitement ordonné du spécialiste. « Professeur Edmond Gates », disait-elle, un titre qu'Alec trouvait bien trop ronflant pour un être aussi insignifiant, et surtout, aussi dénué de scrupules...
« Disons que je ne suis pas certain que ce que nous faisons soit bien. Tous ces gens… Je veux dire, ils ne vont pas mieux, et cela fait si longtemps maintenant. Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer ».
Le docteur le dévisagea un instant, son regard se faisant plus dur, presque menaçant. Un type de regard que le géant blond n’était pas habitué à voir à son encontre.
« Allons, ne voulez vous plus m’aider à poursuivre les recherches que votre père et moi avions entreprises ? C’est une noble tâche que celle ci, vous participez peut être là à un projet qui changera totalement l’approche de la psychanalyse dans les années à venir. C’est un espoir pour des millions de malades à travers le monde ! Et ne l’oubliez pas, c’était le rêve de Joshua, et il aurait voulu que vous le poursuiviez à sa place ».
Le docteur fit une pause, comme pour laisser le temps à Alec de peser tout le poids de cette phrase, puis conclut, posant paternelement sa main sur l'épaule de son employé :
« De plus, vous savez tout comme moi qu’il me sera difficile, après votre petite saute d’humeur, de vous replacer dans des services comportant moins de risques. Il y a beaucoup de gens ici qui aimeraient que vous partiez. Ils n’ont pas oublié Fisher. Il avait beau être un monstre, ce que vous lui avez fait semble avoir marqué les esprits ».
Le gardien pensa à beaucoup de choses en cet instant, en outre à l’état des mains de sa victime après qu’elles se soient “accidentellement” retrouvées coincées dans une porte. Trop de données pour lui, trop de remise en cause. S’il abandonnait, il perdrait son travail, certainement sa famille, et la chance de poursuivre l’ œuvre de son père.
« Bien, n’en parlons plus », se contenta il donc de répondre.
Gates lui sourit, lui tapotant chaleureusement l'épaule.
« Me voilà rassuré. Je dois bien vous avouer que j’avais peur de confier ce travail à n’importe qui, alors que vous êtes parfaitement qualifié pour cette tâche. Je vous demande seulement de m’aider à installer le 475 dans la salle 8, discrètement, car vous n’êtes pas sans ignorer la polémique qui tourne autour de cet individu ».
L’infirmier fronça les sourcils, oui, le 475, le numéro que Gates lui avait donné. Il le voyait à présent, ou du moins l’imaginait, et se souvenait de la raison qui fit qu’il se retrouva parmi les patients du docteur. Il revoyait l’article dans le journal, un peu plus d’un an auparavant. Ca avait fait du bruit, et Alec se fustigea mentalement de tenir si peu compte des histoires du monde extérieur. En tout cas, s’il en avait eu écho, c’est que l’importance qu’avait pris ce fait divers avait du être inhabituelle.
Il s’agissait d’un récit violent, l’histoire d’un tueur en série des plus vicieux, abattu par les policiers qui avaient réussi à le coincer, quasi à court de munitions. Acculé, le 475 se jeta littéralement au milieu des balles, une simple hache à la main, et malgré la dose indigeste de plombs qu’il reçu, il profita de la grâce offerte aux salauds, et n’en mourut pas. Tombé dans le coma, il y resta prés de huit mois, et quand il s’éveilla, il fut directement interné ici, quelques étages en dessous du bureau où ils se trouvaient.
La voix du docteur le tira de ses réflexions :
« Ce type de meurtrier est une aubaine pour notre programme, un candidat parfait ! ».
Alec Grant hocha la tête pour marquer son accord, puis, sans plus attendre, et visiblement avec une excitation croissante, le docteur lui intima l’ordre de le suivre.
***
La chambre 8, pensa Alec, en suivant, le No 475 au bras, le docteur Gates lui ouvrant le chemin. Visiblement, son patron était sur les nerfs, mais sa nervosité en tel cas ne l’étonnait plus le moins du monde. Parfois, il lui arrivait même de penser que Gates aurait fort bien trouvé sa place au pavillon des paranoïaques…
La chambre 8 avait reçu son numéro et sa triste réputation à la création de l’asile, il y avait plusieurs dizaines d’années de cela. C’était dans cette pièce que l’on pratiquait la lobotomie au temps où cela restait permis. A présent, l’endroit, désaffecté, ne semblait plus utilisé, mais le comportement de Gates laissait planer le doute quant à sa reconversion. Grant jeta un œil autour de lui, observant le sous-sol, le coin le plus répugnant et le plus éprouvant pour les nerfs. Dans ces couloirs humides où personne ne descendait plus, on se trouvait bien loin de l’hygiène des étages supérieurs, assez bien respecté pour que l’établissement garde une place respectable, et Gates, un nom dans la profession. Les cris des aliénés s’élevaient de temps à autre, se répercutant sur les murs gris, aussi enfermés que leurs créateurs dans ce labyrinthe de béton et d’acier aux allures d’antichambre du purgatoire…
L’infirmier observa un instant son prisonnier : ses pieds étaient nus, aux ongles longs et sales, recouverts de crasse et de vermine, à l’instar de son pantalon. La camisole souillée lui enserrait totalement les bras, et Grant dut avouer que ses collègues n’y étaient pas allés tendrement. En fait, cela aurait été un véritable miracle si l’homme avait encore put se servir de ses membres. Pour une raison inconnue, le docteur Gates avait enfermée la tête du patient dans un grossier sac de jute, qu’Alec regardait avec horreur se coller, puis être repoussé par la respiration sifflante de l’aliéné. Sa maigreur ne pouvait supporter de comparaison qu’avec la puanteur qui se dégageait de lui. Le surveillant ignorait ce qui attendait cette ombre semi-humaine, et il s’en réjouissait, car de toutes façons, à ses yeux, pour une créature si pathétique, la mort ne pouvait être qu’une délivrance…
Comme s’il lisait ses pensées, le 475 commença à se débattre en hurlant, et Grant eut toutes les peines du monde à le tenir pour l’emmener jusqu'à la porte 8, que le docteur venait d’ouvrir à la hâte, dès qu’il avait compris que les cris du prisonnier risquaient d’attirer des gens de la surface. Alec entra, ceinturant le forcené, et Gates les suivit, avant de verrouiller soigneusement derrière lui. Et quand retentit le « clac » de la serrure, dans les cellules obscures le long du couloir, comme s’ils connaissaient la chose qui attendait dans cette salle maudite, les fous, telle une chorale dissonante, hurlèrent en cœur de terreur…
***
Alec faillit avoir un mouvement de recul quand il commença à entrevoir la complexité du dispositif installé dans la pièce. Malgré toutes ces années au service du docteur, c’était la première fois qu’il lui permettait d’y entrer, et uniquement car il n’aurait jamais été capable d’y mêner seul son nouveau cobaye. Ses yeux firent rapidement le tour de l’installation, s’arrêtant ça et là, quand un détail particulièrement sordide les frappait dans leur course.
Et quand les néons qui composaient l’éclairage se furent tous illuminés, c’est une bien étrange scène que le surveillant découvrit :
Dix tables de fer, dont huit étaient occupées par des formes humaines, pudiquement recouvertes d’une bâche de plastique marron, formaient un cercle autour d’un entrelacs de tubes et de poches à perfusions. Au milieu de cette figure, se trouvait ce qui ressemblait à un énorme ordinateur, composé d’un moniteur, d’un clavier, d’une impressionnante unité centrale, et d’une boîte métallique dont l’avant était constellé de voyants, clignotants de couleurs différentes par intermittence. Sur l’écran de contrôle, huit courbes se tordaient inlassablement, formant de sinueux motifs.
Le professeur Gates tira rapidement Grant de sa contemplation :
« Serrez le bien ! » lança t’il en s’approchant du No 475, lui enfonçant sans ménagement une seringue dans le bras. Aussitôt, l’homme recommença à se débattre, tellement violemment, que du sang commença à perler près de l’aiguille, et que celle ci se brisa avec un bruit sec. Toutefois, le praticien n’y prêta guère d’attention, ayant terminé son injection. Tout à son empressement, il ne prit d’ailleurs même pas la peine d’extraire la pointe du bras de son « patient ». L’infirmier s’en étonna en silence, se disant, pour tenter de garder bonne conscience, que son patron le ferait à un moment plus propice.
« Bon, à présent, allongez le ici ! » claironna Gates d’une voix forte, en désignant l’une des tables inoccupées. Grant s’exécuta maladroitement, tentant de retenir le captif sans pour autant le blesser d'avantage.
« Sanglez le ! » ajouta le professeur.
Tirant sur les ceintures de cuir, l’infirmier commençait seulement à les serrer quand son infortuné patient débuta une série de hurlements, entrecoupés de phrases plus audibles, comme : « Je ne veux pas mourir ! », « Je ne suis pas fou ! », ou, plus touchant, des appels au nom d’une femme inconnue, qui certainement ne devait plus être de ce monde. Son bourreau lança un regard interrogateur à son chef, mais ce dernier se contenta d’attendre, totalement étranger aux états d'âme du malade. Lentement, ce dernier redevint calme, puis sombra dans l’inconscience.
Après cela, Gates fit rapidement sortir son homme de main, et avant de s’enfermer dans la chambre 8, lui lança sur un ton jovial, comme ravi d’avoir gardé son cher complice : « Merci beaucoup, à présent, je vais pouvoir travailler en paix ».
Le claquement de la porte se répercuta longuement dans les couloirs enfin silencieux, telle une hideuse condamnation, avant d’être finalement étouffé par les ténèbres de la cave.
***
Je cours droit devant moi. Dans mon dos, mon fusil se balance, seul espoir au milieu de ce monde rouillé, composé de couloirs sans fin et de portes d’acier grinçantes… ILS sont là, derrière moi, je les entends marcher, et parfois, lorsque je m’arrête ou que je ralentis, leur respiration, lourde, menaçante, perce mes tympans de notes glacées…
Je ne regrette pas le trou où j’étais tombé, malgré la protection qu’il m’offrait contre EUX, mais au moins, en ce lieu, ai- je une chance de fuir et d’accomplir ma quête. La porte s’est simplement ouverte, et dans un coin de cette cellule puante, il y avait mon matériel. Alors j’ai tout ramassé, et j’ai foncé, droit devant moi, sans réfléchir une seule seconde. Je me demande d’ailleurs parfois si ce n’est pas EUX qui m’ont libéré, juste pour le plaisir de pouvoir me donner la chasse.
Je suis entièrement drapé de noir : un long manteau de cuir et un pantalon de jean, une grosse ceinture à boucle d’acier, un T-shirt étroit à manches longues et à haut col, des bottes ferrées. Mes cheveux sont longs, pourpres, ramenés en une queue de cheval tenue par un solide ruban de soie. Je suis mal rasé, mes mains sont enfermées dans de solides gants de cuir, et mes poches remplies des cartouches du calibre 12 qui caresse mon échine dans ma course. Une arme magnifique, canon long, crosse et pompe en bois verni, du chêne sans doute. Cinq coups, peu mais suffisant, bien assez pour détruire la plupart de mes ennemis mortels, mais pas les ombres qui suivent mes pas.
Je dois continuer à avancer, la liberté est à ce prix…
***
Tant qu'on y est, qu'on rigole un peu. Deux pour le prix d'un, c'est à dire... Rien ! En fait, je réfléchis à l'idée de publier mon premier roman ici, celui dont personne ne veut. C'est pas l'extase c'est sur, mais ça pourrait être amusant. En attendant, je vous laisse avec un ami à moi...
Le désert...
Le désert s’étale sous mes yeux, océan infini aux vagues de dunes mouvantes.
Je tire sur ma cigarette, geste machinal si souvent répété, soufflant la fumée droit devant moi, fixant ce sentier indistinct que tant de fois j’ai emprunté. Le soleil frappe durement ma peau de cuir, ce manteau aussi noir que peut l’être mon âme, recouvrant l’une de ces armures légères que portaient autrefois les soldats, du temps ou l’on se massacrait encore pour de simples idées...
Moi, je suis un enfant de la poussière, le fils bâtard d’un monde en ruines, un loup parmi une jungle de prédateurs, un mutant, un monstre engendré de par la rage et les radiations…
Ma vision, agrémentée des verres rouges de mes lunettes, est celle de celui qui a tout sacrifié, tout donnée pour une hypothétique survie au sein de ces terres ravagées. Je suis un pillard, une ordure, qui prend mais ne donne, qui détruit mais jamais ne construit. Je suis l’ange de la mort, l’aigle de la route, le seigneur d’un domaine sans limites. Au loin, le vrombissement d’un moteur, un air de rock’n’roll, yeah, I’m born to be wild !
Même à cette distance, l’odeur de la poudre me submerge, ces détonations claquant comme un opéra aux chœurs grondants. La, à mes pieds, au fond de ce canyon, cette plaie béante sur le visage d’une Gaïa violée, d’autres se battent, luttent et meurent, leurs vies valant à peine leur poids en viande.
Mon mégot rougeoie au sol, attisé par le vent éternel, tandis que je saute à bord de mon engin d’acier vrombissant, une part de moi même, aussi implacable que ma volonté, la lame de ma tronçonneuse, ou encore le canon scié pendant à ma ceinture.
Les dieux de l’apocalypse réclament leur du, c’est ainsi depuis que les anciens ont faits de ce lieu notre enfer, un abîme ou je ne fais qu’assumer ma place de démon grimaçant. Si la paix a un jour existée, aucun de nous ne l’a connue, aucun de nous ne sais même ce qu’elle peut signifier ou être. Le bonheur c’est d’exister, le bonheur, c’est conduire ce bolide en sachant que rien ne m’arrêtera jamais, et de voir mes proies tomber à ma place.
Je profite de la tourmente sur mes joues, cet air furieux fouettant mes cheveux sales, je suis une force de cette nature, au même titre que le serpent ou la tornade, je suis le fléau, et comme lui, je suis légion. Frères et sœurs, fils et filles de Métal, faisons hurler cette vie, saignons la à blanc, car c’est la notre destin, notre raison d’être. Nous sommes le virus, la peste de cette réalité, celle qui emporte les plus faibles pour que survivent les élus.
Aujourd’hui, je vais avoir 30 ans, et avec de la chance, je verrais encore le soleil se lever pendant 10 à 20 années, une ou deux décennies de cette vie de nomade, de cette existence tâchée de sang. Bien d’autres n’iront pas jusque la, et je suis déjà fier du chemin parcouru. Mais la route s’étale toujours plus loin, et ma clope aura éternellement le goût des cendres. Qui sait ce que cache l’horizon ? Bientôt, quand je ne me sentirais plus capable, je n’attendrais pas qu’un type plus jeune surgisse pour descendre la légende. Je serrerais ce volant entre mes mains ridées, tannées par ce mistral aussi sec que le fond de ma gorge, et je partirais, tout droit vers ces terres ou le feu nucléaire n’a jamais cessé de s’éteindre, la ou les ruines d’une grandeur passée s’élèvent vers le ciel, tels les doigts d’un géant cadavérique implorant un improbable pardon. Mais son idole est depuis longtemps brisée, nos puissances ont remplacées les siennes, et son dieu d’amour se tord de douleur entre les griffes acérées de Métal. Demain, notre cri de guerre résonnera à nouveau, demain, et encore le jour d’après, jusqu'à ce qu’il ne reste plus rien, et qu’a notre tour, nous disparaissions dans les brumes du temps. Il en va ainsi de tout, des êtres de chair comme des icônes, tôt ou tard, le sable nous recouvre. Ne subsiste alors que le souvenir, et celui de Trash et de sa tribu, restera longtemps dans l’esprit de tous, un songe violent, effrayant, une haine à notre égard qui ne s’éteindra jamais.
Et je ricane et hurle en accélérant, oui, détestez moi, craignez moi, ainsi, je serais immortel !
Ce texte est à l'origine le background (l'histoire), d'un de mes personnages préférés, celui du jeu de rôle Kult. Il est donc sombre et pour le moins violent. Vous êtes prévenus.
Pour les yeux d’un ange
La fille hurla encore une fois, puis se tut, sa voix se changeant en un concert de gémissements, tout justes audibles à travers le fracas de l’averse, les gouttes jouant comme une marche funèbre sur l’abri de tôle du vieux Gus. Elle devait avoir quelques chose comme 16 ans, mais le clochard était connu pour son choix en matière de femmes : plutôt jeunes, seules…et droguées.
Chris, de la ou il était, pouvait presque sentir la puanteur, mélange d’alcool fermenté et d’urine, émanant par vagues du sans abri tandis qu’il se démenait, se mêlant subtilement au parfum bon marché de la fille, quelques chose qui rappelait le parfum des roses du jardin de son épouse, du temps ou ils étaient encore innocents, cette enfance déjà bien trop lointaine. Angela posa son menton sur l’épaule de son mari, lui parlant tout bas, au creux de l’oreille.
« Tu sait, d’après ce que tu m’a raconté, je trouve qu’il ressemble à ton père.
- Mon père… », repris le jeune homme dans un souffle, revenant bien des années en arrière, au fond de la caravane d’Albert Wright, la ou pour la première fois il avait ouvert les yeux. Il le voyait encore, ce géant souriant à la voix forte, toujours prêt à donner un coup de main à ses voisins, prévenant, aimable…monstrueux.
Il se souvenait du ceinturon et des hurlements, ceux de sa mère, quand le colosse devenait enragé et l’emmenait derrière le drap crasseux, la ou Chris n’avait jamais eu le droit d’entrer. L’image de ce sourire compatissant, le soir ou son géniteur en était ressorti presque fièrement, et avait annoncé que : « maman nous avait quittés ». A 7 ans, il est difficile d’être certain de ce que l’on a vu, la seule chose dont l’enfant qu’il était ne pouvait pas douter, c’est qu’elle méritait de souffrir. Il ne savait pas vraiment ce qu’était une « sale pute », mais ce ne pouvait être que quelques chose de très mauvais, de honteux. Il se souvenait avoir sourit lui aussi, « D’accord papa », avait il dit.
Chez Albert Wright, il y avait ensuite eu des quotas : 10 coups de ceinturons pour un mot ordurier ou un blasphème, 20 coups de ceinturon pour un vol de nourriture, 30 pour renverser un cendrier, etc. Chris avait toujours sut ce qu’il risquait pour chacune de ses erreurs, et avait ainsi appris qu’au final, tout se paye toujours. Il revoyait avec amertume sa plus grande punition, le jour ou il avait tuée Pomme, la grosse chienne borgne qui gardait le terrain vague ou ils vivaient. Il avait vieilli depuis, sans doutes de trois ou quatre années. Toujours seul, Chris s’était fait un ami dans la personne d’un matou gris tout pelé et affreusement maigre, qu’il avait affectueusement nommé Grisou. Parfois, quand il trouvait un rat en rampant sous la caravane, il l’attrapait, et le lui donnait. A force, le chat s’était lié d’amitié pour lui, et ils discutaient pendant des heures, essayant de savoir pour quel enfer était partie Brenda. C’est pendant l’une de leurs discussions que le drame arriva. Le garçon était en train de fouiller dans un tas de gravats tout en parlant avec le félin, lorsqu’une souris effrayée en était sortie en couinant. Evidemment, Grisou se lança à sa poursuite, suivi de prés par Chris, qui avait toujours aimé voir son camarade jouer avec ses proies. Sauf que cette fois, la course de Grisou se termina devant les crocs luisants de Pomme, qui le déchira comme un vulgaire chiffon devant les yeux implorants du gamin.
A la maison, il n’y avait qu’un livre, un livre avec une grande croix sur la couverture, et c’est en récitant un de ses passages qu’il lança la première pierre, puis la seconde, puis les morceaux de métal tranchant et le grand éclat de verre acéré. « Les méchants seront toujours punis ! », hurla t’il, tentant de pousser sa voix au delà des aboiements furieux du chien, tandis que la vitre brisée se fichait dans le flanc de Pomme, faisant gicler son sang noir sur la terre craquelée. Puis elle tomba au sol sans un bruit, et mourut. Ivre de sa victoire, l’apprenti justicier s’approcha de la carcasse, commençant à la toucher du pied pour vérifier son état. Quelle ne fut pas sa surprise et son dégoût quand il vit quelques chose remuer à l’intérieur, tentant de s’extirper maladroitement à travers les organes fumants. Comment aurait il put savoir, à son âge, et vu le peu d’éducation qu’il avait reçu, que Pomme n’était pas si énorme à cause de la graisse, mais simplement prête à mettre bas ? Horrifié, l’enfant pensa d’abord à s’enfuir, hésita, revint sur ses pas. Dans sa tête, une unique pensée se frayait un chemin, tentant de s’exprimer à travers les brumes de son ignorance : ce qui sortait d’un être mauvais ne pouvait que l’être aussi, et en était par conséquent également coupable des crimes du premier. Saisissant de nouveau le morceau de verre ensanglanté, il le leva vers le ciel, à l’instar d’une divine menace, et l’abattit longuement, furieusement, jusqu'à s’en blesser soi même, avec en tête une seule certitude : tout cela était juste.
Ce fut autant la respiration sifflante du vieux Gus, que la main d’Angela passant sur son visage qui ramenèrent Chris dans la ruelle.
« Mon père était un homme dur, mais bon. Je t’ait déjà raconté, peu après son suicide, quand cette femme de la police s’est tournée vers moi et a dit : « Mon petit, ton papa viens de rejoindre ta maman, nous allons devoir nous occuper de toi à présent.
- Oui mon amour, tu as répondu : « Non, mon père est au paradis, alors que Brenda est en enfer, comme toutes les sales putes .
- Oui, voilà ce que j’ai dit, et je le pense toujours…
- Et moi alors, ou me place tu sur ton échelle de valeur ? Je n’était pas si différente de toutes ces salopes à mes débuts.
- Toi… ». Il soupira longuement. « C’est…différent ».
Quand Chris était arrivé pour la première fois chez les Parker, il avait cru arriver au paradis. Une grande maison entourée de fleurs, avec une belle barrière blanche, et une famille unie, respirant la bonté et la joie de vivre. Ils l’avaient accueilli comme s’il était l’un des leurs, comme s’il avait été leur fils. Le jeune garçon venait d’avoir treize ans, et, peu à peu, les traces de son passé difficile s’estompèrent, devenant peu à peu un cauchemar lointain. Pourtant, au fond de lui, l’adolescent revoyait Albert en rêve, l’image de son crâne éventré par les plombs, se mêlant à celle de ce chiot difforme, qu’il avait dut tuer pour l’absoudre du crime de sa mère. Ils l’appelaient dans les ténèbres, l’invitant à les suivre, à voir, et à comprendre. Cependant, leur appel resta lettre morte, et Chris devint un garçon en tous points charmant, bon élève de surcroît, même surdoué de l’avis de certains, portant un fort intérêt aux cultures antiques, au droit, ainsi que bien évidemment, à la théologie. Tout semblait donc se dérouler au mieux dans le meilleur des mondes, et le garçon des rues semblait sur le point de toucher du doigt un brillant avenir. Toutefois, tout cela ne pouvait durer…
Depuis peu, les Parker, avaient confié à Chris le soin d’aider sa jeune sœur dans ses études, ou elle était une élève plus que moyenne, au grand désespoir de toute la famille, qui fondait en elle de grands espoirs. En secret, bien évidemment, Grégoire et Kathleen Parker ne pouvaient supporter l’idée que ce garçon ramassé dans les poubelles puisse être meilleur que leur enfant, née de leur chair, et redoublaient d’efforts pour que son niveau dépasse rapidement celui de son « frère ». Mais la petite était une de ces enfants dont on dit « qu’ils ont le diable au corps », effrontée, indisciplinée, qui pensait que toute chose lui étaient dues, et ce, sans rien offrir en retour. De plus, elle savait qu’il n’était pas réellement son frère, et sa jalousie à son égard n’avait fait que grandir au fil des années. Plus pour s’éviter cette corvée de révision qui l’ennuyait que pour mettre Chris dans l’embarras, elle avait imaginé tout un scénario, sans même penser aux conséquences, ou elle aurait fait croire à quelques attouchements de sa part, rien de bien grave, mais juste assez pour que plus jamais ils ne la laisse seule avec lui.
Elle s’arrangea donc pour créer une situation équivoque, posant sa main entre les cuisses de son professeur à la proximité de son père. Malheureusement pour elle, l’érudit réagit bien plus rapidement qu’elle ne l’aurait cru, l’incident passa totalement inaperçu, et la jeune fille l’oublia rapidement. Toutefois, dissimulant sa rage au fond de lui, Chris commença une longue attente… Il tenta bien de résister, de rationaliser, mais ses souvenirs, ses songes, ses fantasmes, tous le tourmentaient continuellement, et tous le poussèrent à commettre l’irréparable.
Profitant d’une absence de ses parents, se rendant chez des amis pour une nuit, il se glissa jusqu'à la chambre de la coupable, et s’y introduisit en prenant bien soin de l’y enfermer, bien décidé à la punire par ou elle avait pêchée. La maîtrisant, il lui fit subir, en s’efforçant d’y mettre la même violence, tout ce que son père avant lui avait fait à sa mère, toutes ces choses qu’il observait à travers les trous de la couverture puante, quand il savait que personne ne prêterait attention à sa présence. Aucune humiliation ou souffrance ne fut épargnée, et les pleurs de l’innocence bafouée furent rapidement étouffés par les hurlements bestiaux de la folie. Ce n’est qu’au moment ou Chris entoura sa ceinture autour de son poing, ricanant, qu’il repris conscience. Il vu le sang, il vu la peur dans les yeux d’un ange, et compris que cette fois, il était devenu le coupable. Il n’y avait aucune justice dans son acte, pour lui, ce n’était plus que l’expression de pulsions trop longtemps refoulées. Tremblant, presque à genoux, se répandant en d’insignifiantes excuses, il quitta la chambre précipitamment, dévalant les escaliers vers le salon, la ou trônait sa délivrance, le fusil de chasse de Grégoire. D’un geste décidé, il enficha une cartouche dans chacun des canons, et se colla contre un mur, plaçant l’acier contre son front encore couvert de sueur. Il allait presser la détente quand une main se posa sur la sienne, douce et apaisante. Ouvrant les paupières, il ne vit que le regard d’Angela, fixé au sien, son visage arborant une expression ou se mêlaient la colère, le dégoût, et…la tristesse. Sans un mot, elle approcha son visage du sien, et pour la première fois, leurs bouches se pressèrent l’une contre l’autre en un long baiser, qui semblait comme une sorte de pacte, une union scellée dans la violence et la douleur. Quand les Parker rentrèrent, ils ne trouvèrent aucune trace de ces évènements. Ensembles, leurs chers enfants en avaient effacée toute trace, et donc, la vie continua au paradis…
Et à chaque occasion, qui se multiplièrent au fur et à mesure qu’ils vieillissaient, ils rejouèrent cette nuit, un nombre incalculable de fois, et plus ils la rejouaient, plus la jeune femme en devenait une actrice active, poussant Chris dans ses derniers retranchements, l’effrayant même parfois. S’épanouissant dans le secret, cette liaison devint de plus en plus maladive, fusionnelle, et au final, malsaine. Et quand les délires SM d’Angela commencèrent à ne plus suffire à l’apaiser, elle versa dans le satanisme, qu’elle abandonna rapidement au profit de la magie rouge, la magie du sexe. Le seul interdit qu’il lui fut toujours impossible de franchir fut la jalousie de son amant, qu’un seul regard déplacé pouvait suffire à rendre fou. Au final, cette exclusivité se traduisit par une passion sans cesse renouvelée, mélange de peur, de fascination et de haine, qui fit d’eux des parias, même aux yeux de leurs amis les plus proches. Ils vivaient l’un pour l’autre, et toute autre considération, tout autre individu, était un danger, voir un ennemi potentiel. Utilisant leur magie, ils obtinrent plus d’une fois des résultats au delà de leurs espérances, et quand Angela proposa d’en faire le commerce, Chris accepta, à la condition de sélectionner les cibles avec soin. Ainsi, ses envies de justice étaient satisfaites. Ils poursuivirent ainsi leur existence, et leur renommée grandit peu à peu, leur faisant côtoyer des gens de plus en plus influents, et donc, de plus en plus exigeants. C’est peu après une affaire plus que juteuse, qui mettait en cause des membres du crime organisé, que se situent les derniers souvenirs de celui qui se fait désormais appeler Angel Eyes. Il se réveilla un jour dans un lit d’hôpital, et elle était la. C’est elle qui lui indiqua comment s’enfuir, c’est elle qui lui expliqua qu’elle était morte, et que seul leur lien magique lui permettait encore de rester à ses côtés, même s’il était le seul à la voir et à l’entendre. Désormais, ils communiquent sans avoir besoin de mots, chacun répondant de son mieux aux désirs de l’autre, et parfois, très rarement, Chris parvient même à la toucher… Toutefois, ce don a un prix : le prix du sang. La première fois qu’elle lui demanda de tuer, il refusa. Mais il ne put supporter le récit qu’elle commença alors, celui de sa lente agonie, de sa souffrance, de sa honte et de sa peine. Torturé par ces images, le doute ne lui était plus permis, il était né pour la justice, et par elle, il continuerait à vivre et à aimer. C’est la le prix de son erreur, le prix pour la garder auprès de lui, et peut être la rejoindre, que ce soit au paradis ou en enfer, la seule et unique façon de les soulager, pour un moment, de leur éternel tourment.
Désormais, ses yeux sont les siens, les yeux d’un ange…
Angel Eyes s’avança sous la pluie battante, le canon du Ruger luisant sous la lumière électrique, sa compagne marchant à sa hauteur, le fixant avec un sourire presque carnassier. Sans une hésitation, il plaqua la pièce d’acier glacée contre la tempe de Gus, qui tressaillit et se figea, avec sur le visage l’expression de celui qui sait qu’il va mourir.
La main de Chris trembla l’espace d’un instant, jusqu'à ce que celle d’Angela ne la recouvre doucement.
La détonation résonna longuement, puis le son disparu, englouti par le vacarme de la cité…