Voila donc le roman dont est tiré le titre de ce blog. Cette version est une version un peu améliorée par rapport au texte original, mais je ne compte pas non plus le réecrire entierement, travaillant actuellement sur un projet que je juge bien meilleur. Je le publierait par morceaux, le plus souvent possible. Pour commencer, voici donc le prologue et une partie de l'Acte I. N'hésitez pas à commenter, ça fait toujours plaisir (ou pas).
PS : Cette version n'ayant pas été corrigée par ma chère correctrice habituelle ;) , elle doit encore contenir quelques horribles fautes d'orthographe.
Prologue
Les ténèbres m’environnent, froides, chargées d’une sombre menace, une lourde promesse de mort, un petit morceau de Néant… Lentement, mes sens commencent à retrouver leurs fonctions... Le premier est le goût. Dans ma bouche, se terre une saveur âcre, amère, et je reconnais trop vite cette saveur métallique sur mes dents. Je crache, plusieurs fois, essayant sans résultat d’évacuer le sinistre breuvage, glacé, presque solidifié en croûte dans les moindres recoins de ma bouche. Désésperé, je m’en remets à mes autres sensations.
Aucun son ne trouble la nuit, à part un étrange bruit de frottement, le même que celui qui est émis par la peau quand on la gratte longuement, cherchant à en chasser ces insectes que jamais l'on ne parvient à atteindre. Je frissonne à cette pensée, mais je ne comprend pas pourquoi...
Le sol sous mes pieds nus est mou et froid, humide, et je m’aperçois à présent que c’est en marchant que je produis l’étrange son. Je m’arrête, essayant de toucher de la main les murs autour de moi, mais je m’aperçois bien vite que mes bras sont liés derrière mon dos. Je tire, je saute et roule sur moi même, mais la douleur devient rapidement bien trop vive, insupportable... Alors je me laisse simplement tomber au sol, sur le ventre, tentant de cesser de ressentir mes membres engourdis, comme parcourus par une : « véritable armée de fourmis » ! Ma voix tremblante me fait sursauter, et je reprends lentement ma respiration, tentant de trouver un sens à tout cela, quand un autre de mes sens décide de se rappeller à moi... Prés du sol, l’odeur est insupportable, comme un mélange de vomissures, d’excréments, et de sang, cet arôme qui éveille en moi un sentiment bizarre, merveilleux... écœurant. N'ayant plus de sensation vers laquelle me tourner, je m'en remet à mon esprit, me plonge dans mes souvenirs...
Mais je ne revoit qu’une unique chose : un grand éclair blanc suivi d’un bruit d’enfer... puis vient la souffrance, terrible, excitante, mais qui lentement, déjà, se perd dans l’oubli. Une seule question s’impose alors à mon cerveau fatigué, une demande, un espoir : « je ne sais plus qui je suis » !
***
Depuis combien de temps suis-je là, coupé du monde de la lumière ? Aucun point de repère ne saurait me le dire, compter les secondes devient vite lassant, et je n’ai rien pour graver sur le sol mou, collant, puant, qui émet toujours ce bruit qui torture mes nerfs à chacun de mes mouvements. Parfois, j’entend une sorte de voix, des gémissements je crois, de femme ou d’homme, les deux, peut être. Je perçois également des grincements de ferraille déchirée, comme si une sorte d'ogre frappait et tordait de lourdes plaques d'acier...
Je n’ai pas mangé depuis que je suis ici, mais, bizarrement, je n’ai pas faim, ni soif. De plus en plus souvent, je me surprends à de me demander si je ne suis pas mort, un cadavre jeté en enfer. Dans ces moments, mon esprit me fait mal, comme si l’on m’enfonçait un long clou dans le crâne… Alors je cogne ma tête contre les murs suintants de mon univers, pour en détacher la douleur, et elle passe, doucement, en se riant de moi, me contemplant avec son visage d’ange maculé d’écarlate et ses cheveux d'or. Ce visage qu’il me semble reconnaître à travers mes larmes, mais sans savoir d’où il surgit, de quel abîme d’inconscience, de quel recoin oublié de ma cervelle criblée d’aiguilles. Il apparaît, puis s'efface, avec la promesse de revenir, pour me persécuter à nouveau…
***
Même le sommeil n’est plus une délivrance. Sa petite mort ne m’apporte que peurs et tourments, car dans le chaos de mes songes, une créature difforme, contre-nature, tend vers moi des doigts courtauds de batracien, tirant sa peau jaunâtre sur ses muscles noueux. Il me fixe de ses yeux aux paupières lisses, collées par un quelconque mal au delà de toute humanité. Il m’apparaît environné d’une brume stellaire mouvante, où de troublants visages tourbillonnent lentement, poussant de terribles pleintes dans leur agonie silencieuse, vites etouffées par l’immensité du vide. Sa bouche, plaie béante sur sa chair parcheminée, s’ouvre pour parler, s’enfle pour lancer une note aiguë et vibrante qui ébranle ma raison, fait vaciller les pâles restes de sentiments s’accrochant aux toundras stériles de mon âme. Et je tremble, car je sais qu’une nuit, je comprendrais le nom qu’ inlassablement il tente d’épeler, et que cette connaissance me détruira, me damnera pour l’éternité.
Je cogne ma tête contre les murs…
***
J’ai vu la lumière, d’un seul coup, un rectangle éblouissant est apparu au dessus de moi, et deux êtres m’ont regardé. Je crois qu’il s’agissait d’humains, mais mes yeux me trahissent. La nuit a laissé une pellicule sombre sur ma rétine, et celle ci ne supporte plus la plus infime clarté. J’attends et je me réjouis, quelque chose va arriver…
***
Qui, ou que suis je, pour qu’ ainsi on m’enferme ? Sûrement suis je dangereux, très agressif, sinon pourquoi tant de précautions ? J’ai le souvenir d’une quête, de quelque chose d’important que je dois accomplir, et que seul moi est capable de réussir, mais qu’est ce donc ?
Je tourne en rond, je réfléchis malgré ma tête douloureuse, mais la réalité m’échappe. Le doux visage de ma souffrance me regarde, des larmes au coin des yeux elle me dévisage, hurle un nom, peut être le mien... Mais je ne comprend pas, ou je refuse de comprendre, et tout disparaît. Je suis seul, assis dans le noir, les mains serrées dans le dos, dans un trou puant et mou. Je n’ai rien mangé depuis un temps qui me semble démesuré, et des visions grotesques me torturent sans cesse. Tout cela doit prendre fin, tout cela ne peut pas être vrai… Je crie, et ma voix m’effraie, mais je continue, plus fort. Elle résonne à l’extérieur, plus loin, au delà des couloirs indistincts, et je sais qu’ ILS m’entendent, j’en suis certain. Mais personne ne répond, et le silence se referme sur moi, tel les pétales d’une lugubre fleur, dissimulant les mystères de son coeur quand tombe la nuit.
***
Acte I
« A trop s’entendre répéter que l’on est un génie, on finit toujours par le croire. Et, à partir de ce moment, la chute n’est jamais très loin… »
Edmond Gates, alias le Messie. No 477.
***
Alec Grant se sentait à l’étroit sur sa chaise. Sans doute, le concepteur du mobilier n’avait pas pensé que l’on puisse mesurer plus de deux mètres, et dépasser allégrement les cent kilos de muscle. Ou alors, celui ci avait été conçu sur commande pour son patron : le professeur Edmond Gates. Outre le fait d'être l'employeur du géant, Gates était également un vieil ami du père d’ Alec, jusqu'à ce que celui ci ne rejoigne les rangs des patients... Pourtant, le petit homme en blouse blanche assis en face de lui, le crâne luisant de calvitie, et portant de lourdes lunettes pourvues de verres si épais qu’ils cachaient en partie ses yeux, ne semblait pas reconnaître son interlocuteur. En fait, il montrait si peu de réactions à ses paroles qu'il semblait comme fondu dans le décor, par ailleurs dépourvu de toute touche personnelle, à moins bien sur de considérer un bureau et une armoire de classement comme étant le must de l'originalité.
Alec gratta sa brosse blonde en baissant la tête, signe chez lui d’une profonde réflexion, et prit la parole d’une voix grave et hésitante, comme s’il tentait de la rendre plus douce.
« Vous savez bien, mon père, Joshua Grant, est soigné ici. Je voudrais seulement m’assurer qu’il se porte bien. »
Le docteur afficha une moue emprunte d’une grande perplexité, puis, peu à peu, son visage s’éclaira. Finalement, un éclat de lumière passa sur ses verres tandis qu’il relevait la tête. Il avait été beau, autrefois, et son esprit aiguisé lui avait offert un charme indéniable. Cependant, son hérédité l’avait aujourd’hui rattrappé, et, peu à peu, l’ombre de la vieillesse venait obscurcir des traits, qui, autrefois, impressionnaient de par leur douce finesse. Alec sourit interieurement, se disant qu’au final, nul ne pouvait tout avoir…Lui même était plutôt à l’opposé, un physique d’athlète, mais un esprit des plus simples, une tare que son père ne lui avait que trop reproché.
Gates répondit d'une voix sèche, n'étant pas du genre à se répéter, surtout vis à vis du « petit personnel ».
« Nous en avons déjà parlé, et vous savez que c’est impossible. Après votre dernière visite il y a trois ans, il s’est profondément entaillé la langue, dans le but évident de se suicider. C’est un miracle que nous ayons pu le sauver. Votre présence, ainsi que celle de n’importe quel membre de sa famille, lui est réellement intolérable ».
Il fit une pause, émettant un soupir forcé censé représenter une marque de tristesse, voir de sympathie.
« C’est une tragédie pour nous tous qu’un tel homme ait à ce point perdu la raison, d’autant plus pour moi qui ai travaillé avec lui durant plus de dix années. Pensez vous réellement que c’est par plaisir que j’interdis toute visite ? Je vous comprend, mais je dois avant tout veiller à sa sécurité, en tant que médecin, et également, en tant qu’ami. ».
L’infirmier acquiesça, semblant littéralement boire les paroles de son interlocuteur, qui reprit rapidement, changeant radicalement de sujet :
« Mais, pourquoi vouliez vous me parler de votre travail à la Cave ?», déclara t’il sur un ton condescendant, à la limite du mieilleux, jouant là une mascarade que les capacités émotionnelles de l’infirmier ne lui permettait pas de percevoir.
La cave, rien qu’en entendant ce mot, le cœur de Grant se serra. On appelait ainsi la partie la plus basse de l’asile, là où la société rejette les cas les plus graves pour tenter de les oublier…
La cave, le travail le plus ingrat. Alec y avait été transféré après avoir passé à tabac un pédophile quelques années auparavant, un assassin sans remords qui avait eu la mauvaise idée de parler de sa fille sur un ton un peu trop familier. Et malgré sa descente en « grade », le surveillant n’avait jamais regretté son geste. On ne touchait pas à Valérie.
« Hé bien, sauf votre respect, monsieur… », commença le surveillant dans un murmure, fixant la plaque de cuivre posée devant lui, sur le bureau parfaitement ordonné du spécialiste. « Professeur Edmond Gates », disait-elle, un titre qu'Alec trouvait bien trop ronflant pour un être aussi insignifiant, et surtout, aussi dénué de scrupules...
« Disons que je ne suis pas certain que ce que nous faisons soit bien. Tous ces gens… Je veux dire, ils ne vont pas mieux, et cela fait si longtemps maintenant. Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer ».
Le docteur le dévisagea un instant, son regard se faisant plus dur, presque menaçant. Un type de regard que le géant blond n’était pas habitué à voir à son encontre.
« Allons, ne voulez vous plus m’aider à poursuivre les recherches que votre père et moi avions entreprises ? C’est une noble tâche que celle ci, vous participez peut être là à un projet qui changera totalement l’approche de la psychanalyse dans les années à venir. C’est un espoir pour des millions de malades à travers le monde ! Et ne l’oubliez pas, c’était le rêve de Joshua, et il aurait voulu que vous le poursuiviez à sa place ».
Le docteur fit une pause, comme pour laisser le temps à Alec de peser tout le poids de cette phrase, puis conclut, posant paternelement sa main sur l'épaule de son employé :
« De plus, vous savez tout comme moi qu’il me sera difficile, après votre petite saute d’humeur, de vous replacer dans des services comportant moins de risques. Il y a beaucoup de gens ici qui aimeraient que vous partiez. Ils n’ont pas oublié Fisher. Il avait beau être un monstre, ce que vous lui avez fait semble avoir marqué les esprits ».
Le gardien pensa à beaucoup de choses en cet instant, en outre à l’état des mains de sa victime après qu’elles se soient “accidentellement” retrouvées coincées dans une porte. Trop de données pour lui, trop de remise en cause. S’il abandonnait, il perdrait son travail, certainement sa famille, et la chance de poursuivre l’ œuvre de son père.
« Bien, n’en parlons plus », se contenta il donc de répondre.
Gates lui sourit, lui tapotant chaleureusement l'épaule.
« Me voilà rassuré. Je dois bien vous avouer que j’avais peur de confier ce travail à n’importe qui, alors que vous êtes parfaitement qualifié pour cette tâche. Je vous demande seulement de m’aider à installer le 475 dans la salle 8, discrètement, car vous n’êtes pas sans ignorer la polémique qui tourne autour de cet individu ».
L’infirmier fronça les sourcils, oui, le 475, le numéro que Gates lui avait donné. Il le voyait à présent, ou du moins l’imaginait, et se souvenait de la raison qui fit qu’il se retrouva parmi les patients du docteur. Il revoyait l’article dans le journal, un peu plus d’un an auparavant. Ca avait fait du bruit, et Alec se fustigea mentalement de tenir si peu compte des histoires du monde extérieur. En tout cas, s’il en avait eu écho, c’est que l’importance qu’avait pris ce fait divers avait du être inhabituelle.
Il s’agissait d’un récit violent, l’histoire d’un tueur en série des plus vicieux, abattu par les policiers qui avaient réussi à le coincer, quasi à court de munitions. Acculé, le 475 se jeta littéralement au milieu des balles, une simple hache à la main, et malgré la dose indigeste de plombs qu’il reçu, il profita de la grâce offerte aux salauds, et n’en mourut pas. Tombé dans le coma, il y resta prés de huit mois, et quand il s’éveilla, il fut directement interné ici, quelques étages en dessous du bureau où ils se trouvaient.
La voix du docteur le tira de ses réflexions :
« Ce type de meurtrier est une aubaine pour notre programme, un candidat parfait ! ».
Alec Grant hocha la tête pour marquer son accord, puis, sans plus attendre, et visiblement avec une excitation croissante, le docteur lui intima l’ordre de le suivre.
***
La chambre 8, pensa Alec, en suivant, le No 475 au bras, le docteur Gates lui ouvrant le chemin. Visiblement, son patron était sur les nerfs, mais sa nervosité en tel cas ne l’étonnait plus le moins du monde. Parfois, il lui arrivait même de penser que Gates aurait fort bien trouvé sa place au pavillon des paranoïaques…
La chambre 8 avait reçu son numéro et sa triste réputation à la création de l’asile, il y avait plusieurs dizaines d’années de cela. C’était dans cette pièce que l’on pratiquait la lobotomie au temps où cela restait permis. A présent, l’endroit, désaffecté, ne semblait plus utilisé, mais le comportement de Gates laissait planer le doute quant à sa reconversion. Grant jeta un œil autour de lui, observant le sous-sol, le coin le plus répugnant et le plus éprouvant pour les nerfs. Dans ces couloirs humides où personne ne descendait plus, on se trouvait bien loin de l’hygiène des étages supérieurs, assez bien respecté pour que l’établissement garde une place respectable, et Gates, un nom dans la profession. Les cris des aliénés s’élevaient de temps à autre, se répercutant sur les murs gris, aussi enfermés que leurs créateurs dans ce labyrinthe de béton et d’acier aux allures d’antichambre du purgatoire…
L’infirmier observa un instant son prisonnier : ses pieds étaient nus, aux ongles longs et sales, recouverts de crasse et de vermine, à l’instar de son pantalon. La camisole souillée lui enserrait totalement les bras, et Grant dut avouer que ses collègues n’y étaient pas allés tendrement. En fait, cela aurait été un véritable miracle si l’homme avait encore put se servir de ses membres. Pour une raison inconnue, le docteur Gates avait enfermée la tête du patient dans un grossier sac de jute, qu’Alec regardait avec horreur se coller, puis être repoussé par la respiration sifflante de l’aliéné. Sa maigreur ne pouvait supporter de comparaison qu’avec la puanteur qui se dégageait de lui. Le surveillant ignorait ce qui attendait cette ombre semi-humaine, et il s’en réjouissait, car de toutes façons, à ses yeux, pour une créature si pathétique, la mort ne pouvait être qu’une délivrance…
Comme s’il lisait ses pensées, le 475 commença à se débattre en hurlant, et Grant eut toutes les peines du monde à le tenir pour l’emmener jusqu'à la porte 8, que le docteur venait d’ouvrir à la hâte, dès qu’il avait compris que les cris du prisonnier risquaient d’attirer des gens de la surface. Alec entra, ceinturant le forcené, et Gates les suivit, avant de verrouiller soigneusement derrière lui. Et quand retentit le « clac » de la serrure, dans les cellules obscures le long du couloir, comme s’ils connaissaient la chose qui attendait dans cette salle maudite, les fous, telle une chorale dissonante, hurlèrent en cœur de terreur…
***
Alec faillit avoir un mouvement de recul quand il commença à entrevoir la complexité du dispositif installé dans la pièce. Malgré toutes ces années au service du docteur, c’était la première fois qu’il lui permettait d’y entrer, et uniquement car il n’aurait jamais été capable d’y mêner seul son nouveau cobaye. Ses yeux firent rapidement le tour de l’installation, s’arrêtant ça et là, quand un détail particulièrement sordide les frappait dans leur course.
Et quand les néons qui composaient l’éclairage se furent tous illuminés, c’est une bien étrange scène que le surveillant découvrit :
Dix tables de fer, dont huit étaient occupées par des formes humaines, pudiquement recouvertes d’une bâche de plastique marron, formaient un cercle autour d’un entrelacs de tubes et de poches à perfusions. Au milieu de cette figure, se trouvait ce qui ressemblait à un énorme ordinateur, composé d’un moniteur, d’un clavier, d’une impressionnante unité centrale, et d’une boîte métallique dont l’avant était constellé de voyants, clignotants de couleurs différentes par intermittence. Sur l’écran de contrôle, huit courbes se tordaient inlassablement, formant de sinueux motifs.
Le professeur Gates tira rapidement Grant de sa contemplation :
« Serrez le bien ! » lança t’il en s’approchant du No 475, lui enfonçant sans ménagement une seringue dans le bras. Aussitôt, l’homme recommença à se débattre, tellement violemment, que du sang commença à perler près de l’aiguille, et que celle ci se brisa avec un bruit sec. Toutefois, le praticien n’y prêta guère d’attention, ayant terminé son injection. Tout à son empressement, il ne prit d’ailleurs même pas la peine d’extraire la pointe du bras de son « patient ». L’infirmier s’en étonna en silence, se disant, pour tenter de garder bonne conscience, que son patron le ferait à un moment plus propice.
« Bon, à présent, allongez le ici ! » claironna Gates d’une voix forte, en désignant l’une des tables inoccupées. Grant s’exécuta maladroitement, tentant de retenir le captif sans pour autant le blesser d'avantage.
« Sanglez le ! » ajouta le professeur.
Tirant sur les ceintures de cuir, l’infirmier commençait seulement à les serrer quand son infortuné patient débuta une série de hurlements, entrecoupés de phrases plus audibles, comme : « Je ne veux pas mourir ! », « Je ne suis pas fou ! », ou, plus touchant, des appels au nom d’une femme inconnue, qui certainement ne devait plus être de ce monde. Son bourreau lança un regard interrogateur à son chef, mais ce dernier se contenta d’attendre, totalement étranger aux états d'âme du malade. Lentement, ce dernier redevint calme, puis sombra dans l’inconscience.
Après cela, Gates fit rapidement sortir son homme de main, et avant de s’enfermer dans la chambre 8, lui lança sur un ton jovial, comme ravi d’avoir gardé son cher complice : « Merci beaucoup, à présent, je vais pouvoir travailler en paix ».
Le claquement de la porte se répercuta longuement dans les couloirs enfin silencieux, telle une hideuse condamnation, avant d’être finalement étouffé par les ténèbres de la cave.
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Je cours droit devant moi. Dans mon dos, mon fusil se balance, seul espoir au milieu de ce monde rouillé, composé de couloirs sans fin et de portes d’acier grinçantes… ILS sont là, derrière moi, je les entends marcher, et parfois, lorsque je m’arrête ou que je ralentis, leur respiration, lourde, menaçante, perce mes tympans de notes glacées…
Je ne regrette pas le trou où j’étais tombé, malgré la protection qu’il m’offrait contre EUX, mais au moins, en ce lieu, ai- je une chance de fuir et d’accomplir ma quête. La porte s’est simplement ouverte, et dans un coin de cette cellule puante, il y avait mon matériel. Alors j’ai tout ramassé, et j’ai foncé, droit devant moi, sans réfléchir une seule seconde. Je me demande d’ailleurs parfois si ce n’est pas EUX qui m’ont libéré, juste pour le plaisir de pouvoir me donner la chasse.
Je suis entièrement drapé de noir : un long manteau de cuir et un pantalon de jean, une grosse ceinture à boucle d’acier, un T-shirt étroit à manches longues et à haut col, des bottes ferrées. Mes cheveux sont longs, pourpres, ramenés en une queue de cheval tenue par un solide ruban de soie. Je suis mal rasé, mes mains sont enfermées dans de solides gants de cuir, et mes poches remplies des cartouches du calibre 12 qui caresse mon échine dans ma course. Une arme magnifique, canon long, crosse et pompe en bois verni, du chêne sans doute. Cinq coups, peu mais suffisant, bien assez pour détruire la plupart de mes ennemis mortels, mais pas les ombres qui suivent mes pas.
Je dois continuer à avancer, la liberté est à ce prix…
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